| le théâtre
des marionnettes de genève commence sa saison avec un spectacle à peu près entièrement
fabriqué avec une sorte de grillage fin. l'unique personnage, qui se multiplie en
dizaines d'exemplaires pour figurer ses rêves, tout comme les arbres du décor sont
représentés par de simples rouleaux de grillage. et cela fonctionne à merveille! le
coup de génie a été inspiré au marionnettiste bâlois christian schuppli par kratochvil,
une bande dessinée minimaliste de l'autrichien nicolas mahler, délicieuse satire
sociale. Il a su ensuite s'entourer d'une belle équipe qui donne au spectacle un charme
et un humour hors pair. nicolas mahler, qui a découvert à genève la version française
de ce spectacle, ne peut que reconnaître la qualité de cette adaptation inattendue. sans doute le comédien français pierre cleitman bénéficie-t-il en allemand d'un petit accent qui donne à sa narration un aspect décalé. dans la langue de racine, il doit plus travailler pour obtenir cet effet. et il y réussit assez bien, ajoutant à son ton neutre un petit regard pince-sans-rire. surtout, les marionnettes de métal, manipulées par pierre cleitman, christian schuppli et philippe minella dans une mise en scène de marc feld, sont parfaites pour transcrire l'errance de kratochvil dans cet étrange paysage. le spectacle reprend à la case la bande dessinée tout en trouvant son propre rythme, baigné par les chansons de pierre cleitman. kratochvil était au départ un personnage parmi d'autres dans des strips publiés chaque semaine en autriche dans le standard. «puis, en 2001, raconte nicolas mahler, la frankfurter allgemeine zeitung m'a demandé un strip quotidien et j'ai trouvé que kratochvil, un personnage sans trop de caractère, était assez idéal pour cela. Il se prête autant à des aventures comiques que tragiques.» curieusement, ce n'est pas dans la presse germanophone que christian schuppli a découvert l'énigmatique personnage mais dans le petit album publié en france par l'association. l'année suivante. nicolas mahler a en effet trouvé chez cet éditeur, mais aussi chez le québécois la pastèque, une écoute dont il ne bénéficie pas en autriche. il apprécie cette ouverture francophone qui lui permet d'éditer des albums au graphisme toujours simple, bandes dessinées mais de plus en plus albums illustrés. sans doute à cause de leur apparente facilité et d'une bonne dose de tendresse, certaine de ses histoires deviennent des albums pour enfants. elles ne dénotent pourtant pas d'un optimisme forcené! LE TEMPS, Elisabeth Chardon, Samedi 24 septembre 2005 |